Nouvelles de Paris

Une collection de lettres de 1870-1871 envoyées depuis Paris au cours du siège par les Prussiens, puis de la Commune.

Personnes impliquées dans les lettres Notes techniques liées à la transcription
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Paris 21 et 22 Avril /71

Monsieur A. Grünberg, Munich

Je vous confirme, Monsieur, ma lettre des 19 et 20 Ct.

Nous sommes attérés, mon cher Monsieur, je viens de recevoir deux mots de Monsieur Joseph R. qui m’apprend la triste nouvelle de la mort de Madame Kunst, quelle effroyable catastrophe pour la famille Rau ! Quant à nous, qui avions pu apprécier, en différentes circonstances, les charmantes qualités de cette gracieuse femme, nous nous associons à la douleur générale, veuillez, je vous prie, faire agréer à Monsieur et Madame Rau ainsi qu’à Monsieur Kunst, la part bien vive que nous prenons à ce triste événement.

Je viens de me rendre auprès de Monsieur Samson qui depuis huit jours est sans nouvelle de Bruxelles, nos lettres partent cependant régulièrement par St Denis presque tous les jours, mais je comprends dureste que dans les circonstances pénibles dans lesquelles vous êtes absorbés, ni vous, ni Monsieur Kunst ne soyez disposés à écrire.

Les événements prennent une tournure fort inquiétante, j’aimerais bien à recevoir quelques ordres de vous, je crainds, dans un moment donné, l’occupation de la Maison, comme point de défense, soit par les Fédérés, soit par les Versaillais. La situation est tellement critique, que tout en voulant bien faire, on craind de faire plus mal encore. Si les deux termes étaient payés, je crois franchement que ce serait un bon parti à prendre que de transporter tout votre mobilier chez Monsieur Louis.

Comme surcroit de complications, on parle d’une nouvelle levée d’hommes de 40 à  55 ans, il ne manquerait plus que cela pour nous achever.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments dévoués.

Louis Guillier

Les journées d’hier et d’avant hier ont été, dit-on, fatales pour les fédérés, mais quand tout cela finira-t-il ? il ne faut pas se dissimuler que cela peut être long encore, si surtout, pour la seconde fois, Paris doit être pris par la famine. Avant d’en arriver là, le pillage aurait certainement lieu.—