Nouvelles de Paris

Une collection de lettres de 1870-1871 envoyées depuis Paris au cours du siège par les Prussiens, puis de la Commune.

Personnes impliquées dans les lettres Notes techniques liées à la transcription
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13 7bre 1870

Madame,

Je vous confirme ma lettre d’hier et suis heureuse de causer encore aujourd’hui avec vous, car peut-être dans quelques heures les voies seront interceptées.

Mon mari écrira demain à Monsieur Grünberg ; il a passé la nuit de garde à la monnaie et rentre de la revue passée par le général Trochu ; quelle union, quel élan lorsque cette masse de troupes a défilé rue royale ; j’ai fait à la hâte trois bouquets j’en ai lancé un au général Trochu qui nous a salués fort gracieusement, un autre à l’aumonier et un au général Tamisiser de la Garde Nationale de Paris.

Quatre mobiles sont arrivés après la revue ; Louise les a installés au 5e et avec les matelas que j’avais, tout a été pour le mieux ; Louise a bien traité ces braves qui ont fort loué la maison et je m’entends avec Louise pour leur menu.

Nous voilà donc installés dans ce bel et confortable appartement je m’y trouve au 7e ciel et vous en remercie bien, ainsi que Monsieur Grünberg.

Mon mari a vu ce matin Mr Rau ; il était en garde national et le costume lui va parfaitement.

J’attends impatiemment de vos nouvelles, Madame, et je n’écrirai maintenant qu’au rien(?) des vôtres.

Je vais à Neuilly pour la dernière fois, le pont sera levé ce soir et on s’attend à avoir le gaz coupé prochainement ; c’est gai!

Adieu, Madame, veuillez je vous prie me rappeler au souvenir de Monsieur Grünberg et de votre famille et croire à mes meilleurs sentiments.

Clara Guillier

P.S. Je désire vivement faire partie d’une ambulance de Paris et vais tâcher de réussir. Vous ne pouvez vous figurer, Madame, ce qu’est Paris à cette heure!