Nouvelles de Paris

Une collection de lettres de 1870-1871 envoyées depuis Paris au cours du siège par les Prussiens, puis de la Commune.

Personnes impliquées dans les lettres Notes techniques liées à la transcription
|

5 8bre 1870

Chère Madame,

Mon mari m’a bien recommandé ce matin en partant à son poste, de vous écrire aujourd’hui sans faute car il tient essentiellement à ce que Monsieur Grünberg ait le plus de nouvelles possible. Je loue cette exactitude mais je suis sûre qu’à cette heure nos lettres reposent dans quelque bureau de la frontière, et vous en recevez probablement sept ou huit à la fois.

Monsieur Rau a descendu une garde ce matin, il va très-bien ; ma dernière lettre vous confirmait le plaisir qu’il nous a fait en dinant avec nous dimanche dernier. Hier nous sommes allés à Neuilly ; en arrivant au pont levis, grand rassemblement, on ne passait plus ; mon mari obtiens cependant une permission et nous cheminons jusque chez nous, presqu’au milieu des ruines : le bois est coupé en grande partie ; les maisons de la zône sont abattues, c’est affreux!…

Une fois arrivés, on nous raconte qu’une torpille vient d’éclater à quelques mètres, et a tué deux personnes et blessé cinq!!!

Nous pouvions être du nombre aussi ; c’est fini, adieu à Neuilly pour le moment! Une grande partie de l’avenue est minée et ces accidents là sont malheureusement fréquents!

Nous exposions notre vie pour aller chercher devinez Madame une malheureuse terrine pour pâtés froids, ressonries(?) du moment, et j’avais besoin du moule pour la fabrication car la vie est très difficile à se procurer et très chère, mais c’est surtout la viande qui est rare ! Hier j’ai pu me procurer un filet de cheval pour mettre mariné et j’étais si fière car on me dit que c’est très bon ; du reste j’en ai mangé chez Monsieur Grünberg, et c’était exquis.

2 heures

7 heures

On vient de venir me chercher et je rentre à l’instant ; ma lettre ne partira que demain matin, mais mon mari ne pourra me gronder puisqu’il n’y est pas.

Je rentre le cœur bien gros car on vient de me dire à l’Intendance que Neuilly étant miné, la maison que nous habitons, sera perdue ; et tant de choses auxquelles nous tenons!

Dieu ! que le diner a été triste avec mon Gaston !

J’ai horreur de ces jours de garde ; ils me laissent dans le cœur tant de tristesse ! Mais il faut se résigner enfan du devoir!

On dit que les femmes et les enfants vont être renvoyées, que Paris est miné et sautera plutôt que de se rendre et j’attends impatiemment mon mari pour me remonter!

Pardon chère Madame, de verser dans votre cœur, la tristesse qui déborde du mien, mais vous ferez la part de la situation et vos souhaits de jours meilleurs nous consoleront!

Gaston embrasse Mimi Paul et Léon, et moi, chère Madame, je vous embrasse de toute mon âme.

Clara Guillier

Mes amitiés bien affectueuses à Madame Kunst.